« SEIGNEUR, JESUS-CHRIST, FILS DE DIEU, AIE PITIE DE MOI PECHEUR »
« RESPIREZ TOUJOURS LE CHRIST, CROYEZ EN LUI »
(Interview du 06 avril 2008)
Marc-Antoine, pouvez-vous vous
présenter ?
Né en 1963, dans une famille d’industriels de chaussures et de commerçants en vins et spiritueux, je suis le troisième d’une famille
de cinq enfants. Elevé dans une famille profondément croyante, j’ai fait toutes mes études secondaires dans un lycée privé chez les frères de l’Instruction Chrétienne. Durant ce passage chez les
frères, je suis passé d’une foi d’enfant à une foi d’adulte. Déjà, je participais à des retraites à Derval où les frères avaient un juvénat. Et peu à peu, je compris l’importance des grâces de
mon baptême et de ma première initiation chrétienne. Par la suite, j’ai entrepris des études commerciales jusqu’au baccalauréat puis ensuite à l’Institut Supérieur des Sciences Administratives et
de Gestion.
Pensez-vous que vos études commerciales (approche plus mercantile qu’humaine)
peuvent apporter une aide dans la mission ?
Je reconnais que ma formation commerciale ne correspond pas tout à fait au profil d’un missionnaire. Cependant, cela a développé en
moi, le sens des relations humaines et du dépassement. A ce moment là, je ne peux pas dire que je pensais à devenir missionnaire. C’est plus tard au cours de mon service militaire et des
retraites que j’ai entendu l’appel à consacrer ma vie à Dieu et pourquoi pas partir en mission en servant l’Eglise.
Je suis donc entré dans le service des vocations, puis au grand séminaire où j’ai passé quatre années. Les deux premières au séminaire puis les suivantes en stage en tentant une expérience
missionnaire en Haïti puis celle d’animateur en Pastorale avec des responsabilités éducatives dans un collège oratorien. J’ai travaillé plusieurs années auprès des jeunes par la suite comme
animateur en Pastorale au service d’un diocèse sur huit paroisses et comme responsable de l’aumônerie dans l’enseignement public. Ce fut une expérience très riche. C’est aussi motivant de
collaborer à la construction des hommes de demain : les aimer tels qu’ils sont, les aiguiller vers une meilleure connaissance d’eux-mêmes. Il s’agit de découvrir avec eux qu’elles sont les
valeurs de l’existence, d’une vie en société. Nous avons en effet une responsabilité vis-à-vis de ces jeunes comme le dit si bien J. Calvet : « C’est à la jeunesse que Jésus confie la mission de
conquérir le monde ».
D’autres engagements m’ont préparé à la mission : les scouts, la visite des malades durant deux ans au Centre hospitalier régional, un stage à l’Arche de Jean Vanier au milieu d’handicapés et de
personnes blessés dans leur être et leur psychologie et un autre chez les Apprentis Orphelins d’Auteuil comme éducateur.
Ma première expérience missionnaire à l’étranger a été à Haïti. Puis, la seconde, plus longue au sein d’une association : la Mission des Enfants du Cèdre qui m’a permis de toucher l’extrême
pauvreté des enfants du Liban meurtris par près de vingt années de guerre. J’ai été de nombreuses années (7ans) bénévole et responsable de la communication et de la recherche de fonds en
Bretagne.
Si je fais le compte : quatre années comme séminariste, une année d’expérience professionnelle à Paris comme éducateur après une expérience en Haïti. Trois mois à l’Abbaye d’Hautecombe où j’ai
découvert la dimension charismatique. J’ai suivi un cycle de formation biblique. Mais je ne peux pas dire que ma voie était là. Quelques années dans une communauté de prêtres canadiens, en Haute
Garonne et suivi des cours de théologie à l’Institut Catholique de Toulouse. Deux années au service du diocèse de Vannes comme Permanent en Pastorale sur 8 paroisses et aumônier en collège lycée
dans l’enseignement public. Ainsi vous pouvez vous rendre compte que ces années ont été pour moi une école de la vie, des années très riches et très denses de formation humaine, intellectuelle,
spirituelle et pastorale.
Je peux dire que le Seigneur n’a vraiment rien négligé pour moi jusqu’à mon parcours professionnel. J’ai été également ouvrier ostréicole (c’est l’époque où parallèlement je tentais de rejoindre
le diocèse aux armées comme aumônier militaire dans une base). Puis une formation d’ambulancier avec l’œuvre de Malte et une autre de taxi.
C’est l’époque où le Seigneur m’a rattrapé au moment où je devais reprendre une affaire. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Je n’ai pas pu signer la promesse de vente. Ma famille et mes
amis n’ont pas encore bien compris que je ne prenne pas cette affaire. Le désir de tout quitter radicalement pour le Christ, de ne reposer que sur sa Parole et la confiance en la Providence,
l’envie de faire de ma vie peut-être une folie aux yeux du monde à la manière de l’Evangile…. m’attirent profondément.
Une grâce reçue, non une performance humaine. Ma formation humaine a commencé tout simplement avec des services communautaires : réfectoire, sacristain, jardinier, etc… Plus sérieusement j’ai par
chance effectué ma formation, dans plusieurs communautés et séminaires, avec des styles et formations différents. Cela m’a fait gagner en lucidité. De même, la vie en communauté m’a permis de
comprendre peu à peu que vivre l’Evangile ne se résume pas à réaliser de grands projets, mais que l’appel du Seigneur se vit de manières très concrète dans le quotidien. Dans la réalité de la vie
toute ordinaire, j’ai appris à vivre en communauté entre frères et là aussi j’ai gagné en lucidité ! Des séminaristes et des prêtres qui m’auront édifié et stimulé, d’autres moins brillants
extérieurement me rappelleront toujours que Dieu nous aime tels que nous sommes, sans nous juger. Et que le fait d’être un chrétien est d’abord une grâce reçue avant d’être une performance
humaine.
Que ce soit au Séminaire, lors de mon apostolat ou lors de mon travail professionnel en paroisse, j’ai touché à tout : catéchiste, organisateur de veillées, animateur et responsable de
l’aumônerie, visiteur d’hôpital et de personnes handicapés.
Et ensuite ces dernières années, loin d’un travail ecclésial, m’auront fait découvrir en profondeur le monde non chrétien. J’ai réalisé la force d’une communauté vraie et fraternelle, que le
chrétien se devait d’être à tous, sans préjugés aucun, homme donné sans réserve pour les autres. A ma manière, j’ai aussi saisi l’importance du témoignage, de la Parole, par les actes et les
gestes. L’attitude d’un chrétien authentique peut avoir un impact formidable sur la vie des gens !
Aujourd’hui, en somme peut-on dire que votre expérience ait été un tremplin
pour œuvrer au sein d’une mission ?
Oui, sans aucun doute, deux décennies d’attente et de lente préparation, de maturation progressive m’ont peu à peu fait devenir ce que
je suis aujourd’hui : appelé à être missionnaire ! Bien sûr, le Seigneur n’a pas attendu mon entrée au séminaire et de vivre tous ces engagements : ma vocation, je la tiens d’abord de mes
grands-parents, de mes parents, premiers témoins de l’amour inconditionnel du Seigneur pour moi. D’ailleurs je rends hommage à ma grand-mère maternelle, industrielle, dont j’admirai le dévouement
et la générosité.
Le parcours de ma formation intellectuelle me surprend encore aujourd’hui. Je n’ai pas pu achever mes études de théologie quand j’étais encore dans l’église catholique. Mais j’ai compris au-delà
d’une formation purement cognitive qu’il y avait aussi cette formation humaine.
J’ai aussi appris à raisonner avec le cœur sans omettre de dire que les vrais théologiens sont des amoureux du Christ. Un missionnaire se doit de rendre compte de son espérance.
Même si la foi est un mystère, elle n’est pas étrangère à la raison humaine : une foi raisonnée permet de mieux connaître le Christ et de mieux l’aimer. C’est pourquoi je voudrais aussi suivre
des cours par correspondance à l’Institut de Théologie orthodoxe Saint-Serge, à Paris. La réflexion théologique nourrit la prière, soutient une vie de Foi, anime et donne souffle à toutes nos
activités.
Préparation spirituelle : S’il me reste enfin une chose de toutes ces années, c’est bien le lien entretenu patiemment avec le Seigneur par la prière, la présence du Seigneur dans mon cœur par son
eucharistie. Cette relation quotidienne retrace l’unité de toutes ces années. Le temps passé avec le Seigneur dans le silence de la prière, la méditation des Evangiles, l’étude de la Bible
(Parole vivante de Dieu) restera le fils conducteur de ma formation. L’important n’est pas tant de faire que de me laisser faire par le Seigneur, de lui laisser le temps de m’aimer tel que je
suis. Cet enracinement dans la prière me permet de faire fructifier mes activités et donne un sens à mes engagements. Me voilà témoin de ce que les gens attendent d’un chrétien : un homme proche
et ami de Dieu. D’ailleurs dans la liturgie orthodoxe, l’expression « ami de Dieu » revient souvent.
Qu’est-ce que pour vous l’engagement missionnaire
?
Cet appel à partir en mission a toujours été présent en mon cœur et s’est révélé comme une nécessité car je voyais par cet appel,
l’expression d’une vie authentique et par là l’essentiel de la foi. D’ailleurs, plus les années passaient et plus il s’enracinait en moi et revenait comme un leitmotiv.
Pourquoi un tel désir missionnaire ?
C’était un désir de jeune que je voulais réaliser. La mission permettait pour moi qui voulais être prêtre de partir à l’étranger. La
mission en France n’est-elle pas du reste la même quant il s’agit de soulager la misère et de venir en aide à la population dans d’autres pays? C’est important d’ouvrir ou de contribuer à une
mission car cela permettait d’épanouir ce désir de jeunesse. J’avais alors une certaine intuition de la mission, notamment par mes lectures de Tintin puis par la suite la lecture d’ouvrages plus
spirituels comme Mère Teresa, Charles de Foucauld, Saint François Xavier, et bien d’autres.
Je crois pouvoir dire aussi que cet appel missionnaire s’est enraciné après une retraite et un accompagnement avec un prêtre missionnaire. Il s’est confirmé par la suite, peut-être d’une manière
inconsciente, en rassemblant les écrits du Père Duval, un arrière grand-oncle missionnaire catholique aux Philippines et au Maroc au début du siècle dernier. C’est, je crois pouvoir le dire, sous
les traits de ce prêtre missionnaire et l’exemple d’autres, qu’ils sont venus me rejoindre et me surprendre, alors que je pensais devenir prêtre diocésain.
Ces missionnaires étaient étrangers dans un pays, ayant tout quitté, prêchant, baptisant, construisant, bâtissant le royaume de Dieu dans un souci de vérité et de justice, de fraternité et de
simplicité. Ces hommes entièrement donnés aux autres devenaient le modèle vivant, incarnaient la pleine réalisation de ce que je voulais être, de ce que j’étais au plus profond de moi-même !
Comme si rencontrer le Christ revenait finalement à découvrir sa véritable identité. Longtemps j’ai cherché dans la voie qui me rassurait et plus j’évoluais au sein de l’église diocésaine, plus
je me disais intérieurement que ma voie n’était pas là. Puisque à chaque fois, il y avait des obstacles.
« Efforçons-nous - disait Saint Antoine à ses disciples - de ne rien posséder que ce que nous emporterons avec nous dans le tombeau, c’est-à-dire la charité, la douceur et la justice… Les
épreuves nous sont, en fait, profitables. Supprimez la tentation et personne ne sera sauvé ».
Je peux dire que le Christ m’a frappé en plein cœur pour être missionnaire. Et puis j’avoue aussi qu’Ignace a été un détonateur à un moment donné. Je ne suis pas seul à partir pour cette mission.
D’autres nous rejoindront si Dieu le permet.
C’est une véritable reconnaissance, et toujours un nouveau départ ! Car c’est au cœur d’une mission au Liban où je me suis le plus réalisé, m’a pleinement confirmé dans cette intuition.
L’expérience vécue là bas me donne du courage pour affronter cette nouvelle mission et tout quitter. Je sais par exemple qu’il ne sera pas facile d’abandonner sa propre culture. Il va falloir
dire au revoir à mes amis, à ma famille. Non, ce ne sera pas facile d’abandonner son confort (vendre meubles, voiture et la possibilité de reprendre un fonds). Je sais qu’aussi que je demeurerai
un étranger dans mon nouveau pays d’accueil missionnaire, que je serai parfois maladroit ou incompris, qu’il y aura peut-être des frustrations. Mais je sais que je serai pleinement heureux. Il me
faudra ne pas vouloir tout maîtriser, mais laisser les autres exister et laisser le Christ exister en moi. C’est l’attitude la plus difficile à adopter car il ya toujours au fonds cette volonté
propre d’une maitrise des choses. Le Seigneur ne m’abandonnera pas, il sera toujours présent à mes côtés. Et lui seul peut donner des fruits inattendus pour cette mission. Combien de fois, au
Liban, n’ai-je pas entendu de la part des habitants, des jeunes, et des prêtres maronites, à quel point mon témoignage de missionnaire, ma simple présence, mon sourire, les poussaient à vivre
l’Evangile davantage. Et pourtant je vous assure que je ne fais rien de spécial ! Je suis seulement moi-même.
Il me tarde tant d’aimer et de me faire aimer par ce peuple qui m’attend, de me donner à lui, et de me consacrer à l’Eglise orthodoxe de ce pays et à ses habitants.
Marc-Antoine, comment voyez-vous le rôle d’un missionnaire
?
A ce sujet, je répondrai en reprenant les Béatitudes qui sont pour moi au centre de ma vie.
Dans ton royaume, souviens-toi de nous, Seigneur, quand tu entreras dans ton royaume. Bienheureux les pauvres dans l’âme, car le royaume des cieux est à eux. Bienheureux ceux qui
pleurent, car ils seront consolés. Bienheureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés. Bienheureux les
miséricordieux, car il leur sera fait miséricorde. Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Bienheureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Bienheureux serez-vous
lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera et qu’on vous calomniera de toutes manières à cause de moi. Soyez dans la joie et dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans le
ciel.
Le véritable missionnaire rejoint sa vocation première lorsqu’à l’image du Christ, il sort de lui-même pour aller à la rencontre de tout homme et pour lui annoncer que lui aussi est aimé de Dieu.
Le missionnaire a tout compris et est vraiment chrétien que lorsqu’il s’agenouille devant les plus pauvres, qu’il lave les pieds des marginaux, de ceux que l’on rejette et que l’on exclut, et
qu’il veut faire de chacun un homme libre, debout. Ainsi, il peut contribuer à lutter contre les barrières d’injustice et de mépris que dressent les hommes entre eux.
Le missionnaire n’est fidèle à lui-même que lorsqu’il se fait serviteur et pauvre. Dans l’orthodoxie, ce que je trouve beau et rempli de sens c’est lorsque le fidèle s’approche pour recevoir le
corps du Christ, le prêtre nous appelle en disant : « Serviteur ….. (suivi de notre prénom)».
Le missionnaire enfin ne vit de l’Esprit que lorsqu’il prend le temps de la prière et de la contemplation de Dieu qui nous donne ce qu’il a de plus cher. Et c’est comme cela que j’envisage la vie
d’un missionnaire. Car la foi s’affermit quand on la donne. Dis-moi ce que tu fais, je te dirai qui tu es. C’est dans les actes et les gestes que l’on demeure chrétien.
J’aimerai pour conclure sur cette question vous dire que le missionnaire c’est quelqu’un
qui appartient à une Eglise. Il y a un évêque, un prêtre pour s’occuper de l’Eglise et d’une communauté. Donc, c’est une mission qui prend son sens que lorsqu’elle est soumise à l’évêque, que
l’on reçoit sa bénédiction pour aller partager avec d’autres la mission que Dieu nous a confiée. Et je crois qu’il ne faut pas oublier de partir dans cet esprit filial d’obéissance et de
soumission.
Je me rappelle le cas d’un enfant, Khodor, profondément handicapé que j’ai connu au Liban. Je lui ai demandé : « qu’est-ce que tu veux et aimes faire ?». Avec ses beaux yeux expressifs, il me
répondit : « s’asseoir et parler ensemble ».
Quelle leçon pour moi et pour nous tous qui avons perdu le sens du partage et de l’échange. C’est certainement cette diversité de rencontres qui est à la source de ma soif actuelle de rencontrer
l’autre, de sortir de chez moi. Je parle bien sûr de mon chez moi intérieur, de mes préjugés et de tout ce risque d’être sclérosé par un enfermement. C’est d’ailleurs dans cette dynamique que je
souhaite ardemment travailler et m’investir avec celles et ceux qui le voudront.
Quel sera votre travail missionnaire ?
Mon travail missionnaire sera précisément de créer une école et un dispensaire et de susciter des forces vives, hommes
et femmes qui voudront bien nous aider. Rien de très original me direz-vous, mais il y a des besoins. Et celui de l’enseignement figure parmi les priorités. Une jeunesse bien formée et éduquée
est l’avenir d’un pays. Et dans tous les pays, l’école est un puissant moyen d’évangélisation. C’est aussi le but que nous visons avec Ignace.
" Les chrétiens doivent se dévouer avec un soin spécial, à l’éducation des enfants et des jeunes au moyen des écoles de toutes sortes, qu’il faut considérer non seulement comme un
moyen privilégié pour former et élever une jeunesse chrétienne, mais en même temps comme un service de très haute valeur pour les hommes, surtout pour les nations qui montent, pour élever la
dignité humaine et préparer des conditions plus humaines ".
Aucun commentaire pour cet article